Aujourd’hui, vous êtes chanceux !

Ricardo Méndez, Inspecteur de police actuellement attaché au Comisaría – Sant Antoni Maria Claret à Barcelone aime la vie des quartiers, ne compte pas ses heures pour s’imprégner des ambiances pittoresques des mastroquets aux éclairages glaucescents et à la clientèle bigarrée. C’est dans ces lieux que le flic dépravé, selon le jugement du Commissaire Principal Monterde, son supérieur hiérachique direct dont l’ascension sociale restera, au jugement de Méndez, un mystère, résout la plupart de ses enquêtes… après avoir fait parler quelques prostituées sur le retour qui respectent toutes le vieil inspecteur, souvent qualifié de « grand flic ». Le nom du coupable connu, Méndez attend patiemment que l’individu suspecté retourne sur le théâtre du crime. Ricardo n’est pas pressé.

Pour tuer le temps qui passe, entre 2 verres de Melior Trempallino 2015, l’homme de loi lit beaucoup. Il lui arrive de partir sans son arme de service, un vieil Astra 400. Jamais sans 3 ou 4 livres format poche, souvent des polars bien léchés.

Ce que peu de gens savent, c’est que Méndez, a été, dans une partie de sa vie, informaticien, aujourd’hui repenti. Une face cachée de sa vie simple mais riche. Qui d’ailleurs le croirait, lui qui a du mal à prendre un appel sur son vieux Nokia Asha 302 à clavier physique ? Il a baigné depuis tout petit dans le monde de l’Open Source et a bu la religion distillée par Richard Matthew Stallman (RMS), Di Cosmo et les d’autres.

L’Open Source est une école de la vie, elle instille le sens du partage désintéressé à celui qui fait effort de l’appréhender.

Ricardo Méndez

Et ce sens du partage est vérifié à chaque instant de la vie de l’illustre condé qui offre généreusement verres de vin où même roboratif repas sans espoir de retour aux gens de mauvaise vie qu’il cotoie chaque jour. Il lui arrive même, s’il croise un homme cultivé venu s’enivrer pour oublier l’inconstance et la légéreté de sa femme volage, d’offrir un livre et même de le commenter avec verve et passion.

Aujourd’hui, vous êtes chanceux !

Chanceux. Vraiment. Car Méndez, au fil de ses lectures, a découvert une pépite en la personne d’Yvan Audouard, un homme de Lettres sachant écrire !

La vie de cet auteur oublié de tous commence bien. Les fondations sont présentes dès son enfance. Fils d’Odilon Audouard, un adjudant qui, de retour de Saïgon, devient marchand de tabac et de journaux à Montélimar avant de s’installer définitivement à Arles où il devient libraire avec son épouse, Baptistine Balestre, institutrice. Tous deux sont natifs du Sud : (Avignon et Marseille). Rien d’étonnant donc qu’Yvan ait distillé, avec son fort accent du Sud, la culture provençale et enrichi la gouaille parisienne.

Eclectique il est. Professeur, journaliste, romancier, conteur, humoriste, pamphlétaire, biographe… il a même embrassé le cinéma en qualité de scénariste, adaptateur et dialoguiste. Respect.

Yvan aime la vie (il a été l’ami d’Antoine Blondin) mais aussi l’humour en créant, alors étudiant, le Parti légitimiste mérovingien ou encore en publiant ses 2 pamplets  » Letttre ouverte aux cons  » (1974) et «  La connerie n’est plus ce qu’elle était  » (1993).

Mais ce sont ses polars qui ont attiré tout particulièrement l’attention de Ricardo. Un auteur oublié de tous, des bouquins pour la plupart non réédités donc introuvables. Une enquête des plus ardues pour le flic cultivé. Après de longues recherches prises sur ses heures de service, Méndez s’est procuré un des derniers ouvrages d’Yvan :  » Antoine le Vertueux  » suivi de «  Le Vertueux a tous les vices  » .

Le sans-grade de la police espagnole meurt d’envie de vous lire un extrait prise au hasard dans le livre :

 » Ouvrez tout de suite ! dit Achille. Le veilleur protesta pour le principe : Je n’ai pas d’ordre, dit-il. Les ordres dit Achille, c’est moi qui les donne. Le gardien était maté. Mais il avait encore des scrupules de conscience. Tout en ouvrant la porte, il dit : Je vous jure que je n’ai rien entendu. Alors vous dormiez ! dit sévèrement Achille. La couperose du veilleur de nuit prit des tons cramoisis : Je ne dors jamais pendant les heures de service ! dit-il. Alors conclut Achille, il y a quelque chose qui nous dépasse. Passez le premier et faites attention. « 

Des dialogues à la Michel Audiard ! Et ce, de la première à la dernière page ! Sublime ! Et toute l’histoire se déroule en Provence, une région qu’Yvan aime plus que tout. Ces 2 polars montrent que la vertu est une notion toute relative ! A chacun la sienne !

D’aucuns affirment que les romans policiers d’Yvan Audouard ont ouvert la porte, bien plus tard, à la trilogie magistrale Fabio Montale de Jean-Claude Izzo. Ricardo Méndez jurerait la même chose devant n’importe quelle Cour de justice !

N’hésitez pas à assister à l’enquête de moralité concernant Antoine le Vertueux et conduite par Ricardo Méndez !

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