La duologie de Audouard
Dans un article précédent, le vieil Inspecteur de police Ricardo Méndez a pris plaisir à partager avec vous la duologie succulente de Yvan Audouard : » Antoine le Vertueux » suivi de « Le Vertueux a tous les vices »
N’hésitez pas à lire l’article de Ricardo sur ce site et à tenter de vous procurer ce monument méconnu de la littérature française ! Ce sera bon pour votre moral ! Foi de Méndez !

Wikipedia présente Yvan Audiard sous le qualificatif prestigieux d’homme de lettres. Qualificatif difficilement contestable pour qui a été, tour à tour, journaliste, romancier, conteur, humoriste, pamphlétaire, biographe mais aussi, au service du cinéma, scénariste, adaptateur et dialoguiste !
Qui, aujourd’hui, peut réellement prétendre à un tel éclectisme ?
Ricardo méndez
Son premier roman, présenté par l’auteur lui-même comme autobiographie, est « Liqueurs fortes » et le personnage principal s’appelle déjà… Antoine, un prénom qu’il donnera d’ailleurs à son fils ! Voilà qui cible notre écrivain ! A propos de cette première publication, il écrira :
La jeunesse est une hypothèse que toute la vie ne suffit pas à vérifier… C’est, en tout cas, un ouvrage où les jeunes entreront de plain-pied, et où les moins jeunes prendront d’un coup trente ans de moins.
Yvan Audouard
L’oeuvre littéraire de Yvan est intimement liée à la Provence, région qu’il a narrée dans de nombreux contes et documentaires. Ses romans décrivent une Provence romanesque à la manière de son ami Marcel Pagnol. Ses personnages et plus particulièrement Antoine le Vertueux ont le sens de l’humour et de la formule. Le Vertueux, sûr de lui, connaissant ses limites, bourré d’optimisme, évolue dans la vie en déjouant finalement toutes les difficultés, pas forcément de manière très légale ni morale mais toujours avec beaucoup de dérision sur les autres et lui-même.
Ricardo Méndez, en guise de conclusion de son article « Aujourd’hui vous êtes chanceux » cité supra, affirmait doctement :
D’aucuns affirment que les romans policiers d’Yvan Audouard ont ouvert la porte, bien plus tard, à la trilogie magistrale Fabio Montale de Jean-Claude Izzo. Ricardo Méndez jurerait la même chose devant n’importe quelle Cour de justice !
Ricardo méndez
Le vieux condé un peu sénile n’a semble-t-il pas bien mesuré sa réflexion…
La trilogie « Fabio Montale » de Jean-Claude Izzo
Plus de vingt ans après leur publication, l’Officier barcelonais a relu avec délice les 3 tomes « Fabio Montale » de Jean-Claude Izzo : Total Khéops, Chourmo et Solea.




Opposition de personnalités
Fabio Montale, le personnage central de la trilogie, est assez connu dans l’univers du policier et du roman noir français, sans doute en partie parce que Fabio a été interprété dans une mini-série télévisée par Alain Delon en 2002 mais aussi dans le film français Total Khéops réalisé par Alain Bévérini (2002).
Tout oppose Montale à Antoine le Vertueux. Tous deux évoluent dans une Provence qu’ils aiment, Fabio à Marseille, Antoine à Martigues. Tous deux sont des épicuriens. Mais Antoine, bercé par un optimisme béat, arrive à jouir des plaisirs simples d’une vie proche de celle décrite par Pagnol alors que Fabio se laisse embarquer par ses vieux démons qui le poussent en quête de justice et d’amours impossibles. Certes le flic Montale, démissionnaire dès la fin de Total Khéops, ne se prive pas de savourer des langues de morue marinées, du loup grillé accompagné de tranches de pain à tremper dans une purée d’anchois relevée de poivre et d’ail haché. L’alcool est toujours présent dans sa vie que ce soit sous forme d’une bouteille de Terrane, un rouge de Toscane, ou encore d’un Commanderie de la Bargemone, côteau de la Trévaresse, pour accompagner un repas au Restanques où addition et fermeture se pratiquent selon humeur, à moins que ce ne soit par déprime pour maintenir à distance les démons. Le Lagavulin est dans ce dernier cas de rigueur.
Tous deux aiment le sexe et par dessus tout l’Amour. Mais là où Antoine le vertueux se satisfait pleinement de sa femme légitime Mélanie et d’un amour empreint de romantisme, Fabio, tout le long d’un flot de relations éphémères dont le seul moteur est le sexe, recherche l’Amour impossible car idéalisé. Seules une bouteille de Lagavulin et une partie de pêche à la palangre à bord de son bateau glissant de calanque en calanque, s’avèrent être l’antidote d’une nuit solitaire empreinte d’idées suicidaires.
Où face à la mer, le bonheur est une idée simple.
Antoine a des « relations », Fabio a des amis. Des vrais. Garder une relation est chose facile tant que l’on a notoriété et avenir aux yeux des autres. Avec un ami, le droit à l’erreur n’existe pas et Fabio est souvent sur la corde raide. Montale a des relations tendues aussi bien avec ses amis d’enfance (Honorine, Fonfon), ses anciens amours (Lole) qu’avec des flics qui, pourtant, ne lui veulent que du bien (Commissaire Loubet) voire sans doute un peu plus (Commissaire Hélène Pessayre qui finira par être écartée par sa hiérarchie).
Le premier pastis, tu le bois par soif. Le second, tu commences à y trouver goût. Le troisième, t’apprécies enfin !
Les intrigues
Autant les intrigues d’ « Antoine le Vertueux » suivi de « Le Vertueux a tous les vices » sont limpides et chronologiques à défaut d’être rigoureuses, celle des 3 volets de la trilogie d’Izzo est vague, peu convaincante et, in fine, sans importance à ce point que l’on pourrait presque dévorer ces 3 volets dans le désordre. En faisant cela, le lecteur ne perdrait rien de l’ambiance et de la psychologie de Fabio. Cette dernière est juste révélatrice d’un Marseille qui s’est profondément métamorphosé (Audouard a publié vers 1965, Izzo vers 1995). Marseille est une ville qui s’est industrialisée dans un contexte de corruption, d’immigration, d’extrême-droite, de trafic de drogue, d’inégalités sociales et d’emprise croissante de la Mafia, cette dernière étant clairement évoquée dans Solea. Ce contexte semble avoir empiré de nos jours avec l’expansion du groupe criminel « DZ Mafia« .
Le mea culpa de Ricardo Méndez
Alors oui, l’encarté Méndez avoue sa faute. Il s’est trompé. Il a leurré ses lecteurs. Il est difficile d’attacher les 2 wagons… les 2 romans, l’un étant la suite de l’autre, et ce, malgré une apparente similitude. En lisant les 2 oeuvres, on ne peut que constater l’évolution de Marseille et de la Provence en 30 ans. Nous sommes passés d’une délinquance bon enfant (décrite par Yvan Audouard avec beaucoup d’humour) à une délinquance mafieuse, violente mais très structurée (Jean-Claude Izzo). Actuellement, l’univers du crime a, semble-t-il, empiré avec l’émergence d’une mafia décentralisée et hyper-violente (la guerre des gangs entre DZ Mafia et Yoda est souvent citée à fin d’illustration). Selon Olivier Marchal, le banditisme organisé est arrivé aux « portes de la barbarie« .
Où il est trop tard quand la mort est là.
3 réponses à « La duologie de Audouard a-t-elle vraiment enfanté la trilogie de Izzo ? »
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[…] Aujourd’hui, vous êtes chanceux ! Antoine le Vertueux convoqué au Poste La duologie de Audouard a-t-elle vraiment enfanté la trilogie de Izzo ? […]
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Bonjour Ricardo,
Merci pour cet article passionnant ! J’ai trouvé très intéressant le parallèle entre Audouard et Izzo, deux visions bien différentes d’une même région, mais peut-être liées par une certaine humanité commune. Une belle réflexion littéraire qui donne envie de relire les deux auteurs. SoniaJ’aimeJ’aime
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Une humanité commune, oui je pense ! J’avoue que je ne connaissais pas jusqu’à une période très récente Yvan Audouard dont les ouvrages commençent à être difficilement « trouvables ». Merci pour votre commentaire !
Ricardo.
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